caroline kruse
Les petites manies conjugales

le Pèlerin. Janvier 07,

Au début d’une relation amoureuse, il y a toujours une illusion de complétude, de perfection : les travers de l’autre, tout ce que plus tard on identifiera peut être comme des manies désagréables, on ne les voit pas. Et on les voit d’autant moins que, pendant cette étape de la relation, chacun s’efforce de donner de lui-même l’image la plus séduisante possible. La moins égoïste aussi. On s’oublie soi même pour essayer de coller au plus près de ce qu’on imagine être le désir de celui qu’on aime
A ce moment, le partenaire est perçu comme une totalité bienfaisante, quasi irréductible à l’analyse Les autres peuvent bien se demander ce qu’il ou elle lui trouve, l’amoureux lui sait… qu’il le sait… même s’il ne peut pas l’expliquer !
Passé ce stade fusionnel d’idéalisation mutuelle, vivre en couple au quotidien, c’est sortir de l’aveuglement, et supporter la déception qu’apporte inévitablement la réalité.
Pourtant, dans un premier temps les habitudes de l’autre, ses petites manies, ne sont pas forcément perçues comme négatives. Au contraire : il peut y avoir quelque chose de d’attendrissant, voire de rassurant à connaître celles de son partenaire et à ce qu’il connaisse les vôtres. Il peut y avoir de la douceur à préparer tous les matins le petit déjeuner de son conjoint parce qu’il a du mal sans vous à se réveiller.
Le quotidien, fait des habitudes de chacun et de ce qui devient, par échanges mutuels, les habitudes du couple, forme alors une sorte d’enveloppe protectrice qui donne son identité, sa figure particulière au couple puis, lorsque les enfants arrivent, à la famille.
C’est avec le temps que la routine qui finit par s’installer parait parfois
pesante. Ce qui avait pu sembler charmant chez le partenaire devient, à la longue, agaçant. Ce qui nous avait justement séduit apparaît désormais comme facteur de conflit Ainsi c’était la rigueur de Sophie qui avait attiré Alain C’était la nonchalance de son amoureux qui avait séduit Sophie. A partir du moment où la nonchalance se traduit par des chaussettes sales semées dans tout l’appartement, elle devient, beaucoup moins séduisante. Pareil pour le tube jamais rebouché du dentifrice. Mais pareil aussi à l’inverse pour la quasi-phobie de Sophie qui repasse derrière lui, quand bien même Alain a, pour une fois, décidé de ranger ses affaires
Les reproches concernent alors une sorte de fixité des rôles et se figent dans une circularité sans issue : si je suis tellement désordonné, c’est pour échapper un peu à ta manie du rangement, si je suis tellement fixée sur l’ordre c’est à cause de tes habitudes invétérées de désordre.
Curieusement lorsque les couples viennent consulter ce sont rarement ces frottements de la vie quotidienne qui sont mis en avant.
Pourtant, c’est souvent là, dans ces éléments du quotidien devenus parfois insupportables que quelque chose se dit de la difficulté que le couple est en train de traverser.
En thérapie de couple on s’intéresse beaucoup à ces petits détails, à ces scènes de « ménage » justement. A ce qui ce qui se passe à la cuisine, dans la voiture, dans la salle de bains.
C’est souvent là que les conflits naissent, s’expriment, deviennent parfois d’une violence extrême, parce que dans ces situations, on ne fait pas « attention », on se surveille moins, et que de ce fait l’inconscient s’y montre souvent à ciel ouvert. Ces scènes jouent un peu le rôle des récits de rêve dans la thérapie individuelle.
Il s’agit alors d’aller voir ce qu’il y a derrière la scène et qui touche si vivement ceux qui en sont les acteurs
L’enjeu c’est de sortir de la circularité des accusations, de la logique de guerre où chacun pense que l’autre est la cause évidente de tous les problèmes et qu’il doit hanger. Où chacun aussi reproche à l’autre ce qu’il refuse de se reprocher à lui-même
Dans le cas de Sophie et d’Alain il s’agira de comprendre ce qui est en jeu profondément pour chacun dans ce conflit autour du désordre, de la perte de contrôle, de l’angoisse qu’elle suscite et des moyens mis en oeuvre pour la juguler
Le thérapeute aide à repérer ce qui vient de soi et ce qui vient de l’autre ou d’un autre dans le couple. Au cours des séances un va et vient constant est fait entre l’histoire personnelle de chacun et ce qui est réinvesti dans le couple sous forme la plupart du temps de projections. Une bonne partie du travail consiste à repérer ces projections afin que chaque membre du couple puisse en être dégagé. Et, pour ce travail, l’analyse